Peut-on traduire la sorcellerie devant un tribunal ?
Et surtout: comment la justice peut-elle juger ce qu'elle ne peut ni voir, ni mesurer, ni matériellement prouver ?
Dans SORCELLERIE AU TRIBUNAL, Désiré MVOGO transforme cette interrogation en matière théâtrale et plonge le lecteur dans un univers où se rencontrent deux conceptions du monde: celle de la raison, du droit et de la preuve, et celle des traditions, des croyances ancestrales et de l'invisible.
Au centre de cette histoire se trouve notamment Monsieur Mbweul, haut fonctionnaire et chef de terre, homme puissant dont la réussite administrative contraste avec les inquiétudes qui le poursuivent. Dès le premier acte, derrière le prestige de sa carrière et son statut social apparaissent ses peurs, ses blessures familiales et son rapport complexe à ses origines.
Peu à peu, l'histoire quitte le seul cadre familial pour toucher à une problématique plus vaste: la sorcellerie peut-elle constituer une force de blocage social ?
Le manuscrit met directement en relation les accusations de sorcellerie avec la peur de la réussite, les résistances au changement et les difficultés de certaines communautés à accepter qu'un de leurs membres s'élève au-dessus de la condition qui semblait lui être assignée.
Dans le village, le retour de Mbweul réveille d'ailleurs une ancienne histoire de sorcellerie restée dans les mémoires. Sa réussite devient elle-même source d'interrogations: celui qui devait apporter le développement et la lumière à sa communauté semble également réveiller les vieilles forces qui avaient autrefois menacé son destin.
Puis vient Pianga.
Accusé après un drame, arrêté malgré ses protestations d'innocence, il est finalement conduit devant la justice. Mais le procès prend rapidement une tournure déroutante: l'homme nie le crime précis qu'on lui reproche tout en tenant des propos qui semblent confirmer sa réputation de sorcier et en affirmant être capable de provoquer des événements que le droit aurait bien du mal à établir matériellement.
Le tribunal devient alors beaucoup plus qu'une salle d'audience.
Il devient le lieu où s'affrontent la preuve et la croyance, le visible et l'invisible, la justice moderne et la justice coutumière, la peur collective et la responsabilité individuelle.
Comment condamner un homme pour sorcellerie ?
Un aveu suffit-il lorsqu'il ne porte pas directement sur les faits poursuivis ?
Que valent les témoignages d'une communauté convaincue de l'existence de forces invisibles ?
Et jusqu'où la justice peut-elle aller lorsqu'elle entre dans un domaine où ses moyens habituels de preuve paraissent insuffisants ?
À travers dialogues, scènes familiales, conflits sociaux, satire, humour et audience judiciaire, Désiré MVOGO invite ainsi le lecteur à devenir lui-même juré.
Car dans SORCELLERIE AU TRIBUNAL, le véritable procès dépasse progressivement Pianga: c'est toute une société, avec ses certitudes, ses contradictions, ses peurs et ses croyances, qui se retrouve à la barre.