Machahou, il était une fois en berbère, pour relater cette histoire algérienne. À travers le destin de plusieurs familles dont les existences s'enchevêtrent au fil des événements, cette trilogie traverse la période coloniale puis les années de l'après-indépendance, mêlant mémoire, histoire, trajectoires humaines et fiction. Ces parcours individuels deviennent par la force des choses le miroir d'une identité commune et d'une quête constante de cohésion au sein d'un pays marqué par l'histoire. Le premier tome, La Toile d'Araignée, nous transporte dans l'Algérie en guerre pour son indépendance. Au centre du récit, il y a la famille Irathen. À travers ses luttes, ses sacrifices et ses espoirs, c'est tout un peuple qui se meut dans son destin, marqué par les blessures du temps, mais irréductible dans sa quête de liberté, de dignité et de justice. Cela avait commencé en 1871 quand Ali dut quitter son village pour se réfugier à la Casbah. Puis, il y eut Salem qui alla jusqu'en Amérique gagner de quoi racheter les terres de son grand-père qui avaient été saisies par le pouvoir colonial. Et voilà Arezki qui, frustré de n'avoir pu finir ses études, entreprit de devenir postier tout en s'activant au sein des réseaux clandestins du FLN à Alger.
Il y a aussi l'histoire des Morin installés là depuis des générations. Ils ne se posaient guère de questions: ils étaient venus ici travailler et prospérer. Ils savaient pourtant que leur réussite tenait en partie au système en place. Mais ils ne s'en émouvaient pas jusqu'au jour où leur fille Hélène vint leur ouvrir les yeux et les amener à prendre fait et cause pour ce peuple qu'ils avaient si longtemps ignoré, et à s'ouvrir à son histoire et à sa culture.
Quant à la famille Chorfi, modeste, mais digne, elle avait tout misé sur l'avenir de leur fille unique. Ils voyaient en elle la promesse d'une vie meilleure qu'ils n'avaient jamais pu atteindre. Nérimène travaillait avec acharnement, consciente du poids des espoirs qu'elle portait. Mais un jour, tout bascula. Animée par un profond sentiment d'injustice et une soif de liberté, elle décida de rejoindre la Résistance. Ses parents finirent par comprendre qu'en suivant sa propre voie, leur fille honorait aussi les sacrifices qu'ils avaient consentis pour elle.
Elias Tabet, avocat, était, lui, revenu de France avec sa famille pour renouer avec la terre qu'il avait quittée, enfant. Très vite, sa robe d'avocat se transforma en drapeau, défenseur des sans droits et dénonciateur d'un système dévoyé et corrompu. Son fils, venu enseigner la philosophie, se heurta lui aussi à la dure réalité du pays et les idéaux qu'il transmettait en classe prirent soudain chair dans la lutte quotidienne.
Et puis il y a JePo et son histoire singulière. Enfant de Bab el Oued, issu d'une famille juive dont les racines algériennes plongeaient à plus de deux millénaires, il avait su transformer son salon de coiffure en un des point d'attache du FLN. Rusé et maître dans l'art de la dissimulation, il s'était joué plus d'une fois des parachutistes. Personnage insaisissable, il était un comédien de génie dont personne ne savait vraiment où s'arrêtait l'acteur et où commençait l'homme.
La Toile d'Araignée, c'est aussi l'histoire de Rougi et de son fils Miro, de H'Mida, Loinduciel, Touvabien et toute cette toile de milliers de résistants qui avaient pris les armes contre l'armée coloniale. Chaque lien et chaque noeud ajouté à la toile renforçait l'édifice de leur cause et réconfortait cette Algérie combattante, désormais entre ces bonnes petites mains qui la menèrent jusqu'à l'indépendance. Mais dès le 3 juillet 1962, des fissures apparurent... qui n'auguraient rien de bon...